Pendant plusieurs années, au Québec, les mœurs sexuelles étaient particulièrement restrictives, résultat du pouvoir et de l’influence de l’Église jusque dans nos chambres à coucher. Qui n’a pas déjà entendu les histoires de nos grands-mères ou arrière-grands-mères qui devaient aller se confesser si elles avaient eu du plaisir sexuel? Ou celles des filles mères qui « partaient en voyage » pendant quelques mois pour aller accoucher et donner leur enfant en adoption, en cachette. Sans parler des campagnes de peur qui disaient que la masturbation rend sourd ou pire, fait pousser du poil sur les mains! Depuis les années 70, le mouvement féministe et le « Peace and Love » ont modifié le discours social par rapport à la sexualité des femmes. C’est la vague de la liberté sexuelle. La contraception arrive et les femmes sont libérées de l’inquiétude d’une grossesse à chaque relation sexuelle. On commence à considérer les relations sexuelles comme une source de plaisir et d’épanouissement personnel, plutôt que comme une corvée ou ayant comme unique but la reproduction.
Cependant, bien que nous ayons gagné plusieurs luttes, les anciens messages restrictifs se font encore sentir, particulièrement en ce qui concerne la sexualité féminine. Si on pousse la réflexion un peu plus loin, la plupart des femmes qui sont aujourd’hui dans la cinquantaine conviendront que ce discours a beaucoup d’impacts négatifs sur leur vie : baisse d’estime de soi, peu ou pas de satisfaction sexuelle, perte de désir, frustration, négation de leurs besoins, culpabilité, etc. D’un autre côté, les adolescentes actuelles sont constamment bombardées de messages et d’images de femmes « hypersexy » qui donnent l’impression d’être très actives sexuellement. La sexualité est désormais banalisée par des corps parfaits, dénudés et en état de perpétuelle séduction. Actuellement, et depuis quelques années, nous assistons au développement du concept de liberté sexuelle à son extrême. La sexualité est omniprésente : dans les médias, dans les conversations, dans la mode vestimentaire, partout. Derrière le message officiel du « girl power » (notre corps nous appartient, assumons notre sexualité), le message envoyé aux femmes en est plutôt un où elles se retrouvent objets de désir et de plaisir : « soyez sexy, soyez sexuellement disponibles, soyez hot! ». Et il n’y a pas que les adolescentes qui sont influencées par ce courant de « pornographisation » de la société. Bien des femmes, en particulier les 35 ans et moins, sentent de la pression pour être continuellement disponibles et performantes sexuellement.
Les unes vivent une sexualité inavouée qui se transforme avec l’âge en besoins affectifs grandissants. Les autres, pressées d’être des jeunes filles de leur temps, consomment la sexualité au même rythme et avec autant de détachement qu’elles engloutissent des messages de performance et de perfection. Ce qui est certain, c’est que la sexualité est rarement traitée dans toutes ses dimensions et demeure très tabou. À cause de ce silence et de l’absence d’éducation sexuelle, les femmes s’exposent à beaucoup de risques et manquent d’outils pour vivre pleinement une sexualité enrichissante, satisfaisante et sécuritaire. N’ayons pas peur, et explorons notre sexualité!
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