Il est bien difficile pour les femmes de n’être aucunement influencées par les courants à la mode. Pour ce qui est de l’ancien discours répressif, il faudra encore plusieurs années avant de s’en défaire totalement, car il a été solidement ancré dans les mentalités.
En ce qui concerne le discours d’aujourd’hui, nous pouvons certainement jouer un rôle afin qu’il s’essouffle. On peut refuser de suivre la tendance en évitant de dévoiler sa vie intime sur la place publique, en refusant de modifier son corps chirurgicalement, en évitant la mode « hypersexy » dans les lieux et aux moments inappropriés, en évitant de tomber dans le piège de la « femme open » qui, pour être une bonne amante, répond à toutes les demandes de son partenaire, etc. Il est vrai que pour aller ainsi à contre-courant, il faut une bonne dose de confiance et d’estime de soi. Il faut être convaincue que la sexualité n’est pas la seule démonstration possible de l’amour et que l’amour véritable, c’est beaucoup plus que la chimie sexuelle entre deux êtres! Il faut aussi être consciente des effets pervers de la soi-disant liberté sexuelle actuelle. Parce que si on ne regarde pas ce phénomène avec un œil critique, il est très facile de suivre la vague sans voir qu’elle va bientôt nous éclater en plein visage!
Essayons de démystifier notre sexualité en nommant certaines fausses croyances afin d’y mettre fin!
Il y a les croyances qui découlent de la vision répressive de la sexualité féminine par l’Église catholique, et qui ont des impacts négatifs. En voici quelques-unes :
- Il y a trois types de femmes : les vierges, les mères et les putains.
Bref, la sexualité-plaisir est vue négativement, pour les femmes.
- Une relation sexuelle complète et satisfaisante doit nécessairement se terminer par une pénétration vaginale.
Cette croyance est restrictive (limite la diversité des pratiques) et ne favorise pas l’orgasme chez la femme puisqu’une majorité de femmes sont incapables d’arriver à l’orgasme par simple pénétration, si le clitoris n’est pas spécifiquement stimulé. Une sexualité qui s’exprimerait presque uniquement que par la pénétration vaginale pourrait être, à la longue, très frustrante pour les femmes et mener à une perte totale de désir.
- Les femmes n’ont pas vraiment de désir sexuel en dehors du désir de grossesse. Elles devraient donc laisser à l’homme le soin de contrôler l’action.
Demeurer passive lors des relations sexuelles amène les femmes à répondre uniquement aux besoins du partenaire, sans considérer les leurs. De plus, la responsabilité du plaisir et de la satisfaction des deux partenaires revient ainsi uniquement à l’homme, qui ne peut pas deviner ce dont la femme a besoin…
Il y a aussi les mythes qui renforcent l’idée d’une sexualité axée sur la génitalité, la performance et le plaisir du partenaire :
- Il faut obligatoirement avoir un orgasme pour que la relation sexuelle soit satisfaisante et réussie.
Quelle pression pour les femmes qui ont de la difficulté à obtenir un orgasme! Comme l’a déjà mentionné la sexologue Jocelyne Robert : « une relation sexuelle est complète quand on est totalement présent avec l’autre, avec son cœur, sa tête, son corps et son sexe ». Tant mieux s’il y a orgasme, mais de se concentrer uniquement sur cet objectif nous fait passer à côté du moment présent. On se retrouve sur le terrain de la performance et des technicalités génitales, oubliant du même coup la qualité de la relation à l’autre, l’érotisme et la sensualité.
- Si je ne suis pas suffisamment performante et excitante au lit, mon partenaire me laissera ou ira voir ailleurs.
Cette croyance est suffisamment forte pour que des jeunes femmes aient parfois tendance à se valoriser presque uniquement par leur compétence sexuelle, comme si elles n’avaient rien d’autre d’intéressant à offrir à un amoureux. Bien des femmes acceptent des pratiques ou prennent des attitudes au lit qui ne leur correspondent pas du tout, dans le seul but de conserver l’intérêt du partenaire. La sexualité étant tellement omniprésente et la pornographie tellement accessible, certaines femmes se sentent continuellement en compétition pour conserver l’attention (et l’amour) de leur partenaire.
- Pour vivre une sexualité épanouie, il est nécessaire d’essayer toutes les pratiques sexuelles possibles et imaginables.
Toutes les pratiques qui sortent de l’ordinaire et que certaines personnes peuvent avoir vues dans les films pornographiques ne sont pas la norme. Il faut garder en tête que la pornographie, c’est de la fiction, au même titre que les films au cinéma. Dans la vraie vie, personne n’essaierait de sauter d’un immeuble à l’autre, soutenu par des fils d’araignée.
En fait, la qualité d’une vie sexuelle ne se mesure absolument pas à la quantité d’acrobaties sexuelles qu’on a réalisées! L’épanouissement sexuel découle davantage de la maturité des partenaires, de la sincérité du lien qui les unit, de leur capacité à communiquer et du respect qu’ils ont pour eux-mêmes et pour l’autre. Les positions acrobatiques, c’est pour le Cirque du Soleil!
- C’est avec leur corps et leur apparence physique que les femmes ont le plus de chance de séduire les hommes.
Personne n’achèterait un livre dont il manquerait plusieurs pages? Eh bien, une femme qui ne miserait que sur son apparence physique ou ses attributs sexuels pour séduire les garçons, c’est l’équivalent d’un livre dont il manque des pages. Elle n’utilise pas son plein potentiel pour se rendre vraiment intéressante aux yeux des autres. Quels sont les autres aspects d’une personnalité qui peuvent être séduisants? Le sens de l’humour, la capacité à avoir des opinions et à échanger sur différents sujets, des yeux brillants lors de l’évocation d’une passion, la capacité à exploiter des talents, le respect envers les autres, l’implication dans divers comités ou activités, les valeurs, etc. Même si ça peut avoir l’air cliché, c’est lorsqu’on reste soi-même et qu’on a de l’estime pour soi qu’on devient séduisante et intéressante!
Les jeunes filles ne sont pas épargnées par les idées préconçues et reçues qui ne servent qu’à leur mettre davantage de pression :
- La majorité des filles de 15 ans ont déjà eu au moins une relation sexuelle.
Selon les études canadiennes consultées1, c’est environ 20 pour cent des filles de 15 ans et entre 45 et 50 pour cent des filles de 17 ans qui ont déjà eu une relation sexuelle avec pénétration. On est donc bien loin de la majorité! Même à 17 ans, seulement 1 fille sur 2 a déjà eu une relation sexuelle avec pénétration. Il faut donc être vigilante pour pouvoir faire la différence entre les apparences et la réalité! En plus, la comparaison avec les autres n’a jamais apporté grand-chose de bon. La décision de faire l’amour ou pas est une décision beaucoup trop personnelle et importante pour laisser les autres décider à sa place!
- Les filles qui agissent de façon aguichante envers les garçons ont du pouvoir sur eux et sont populaires.
C’est une attitude qui, bien qu’elle puisse exciter ou intéresser les garçons d’une certaine manière, se retourne souvent contre elles. Si, dans un party, une fille agit de façon provocante, elle sera probablement le centre d’attention de la soirée. Mais le lundi matin, à l’école, il est possible que ce soit des commentaires beaucoup moins élogieux qu’elle entendra à son sujet. La plupart du temps, ces filles sont jugées très négativement, sont étiquetées de « filles faciles » parce que leur comportement laisse entendre qu’elles sont actives sexuellement et prêtes à des aventures sexuelles. Elles seront vues comme des filles qui ne se respectent pas et risquent d’être rejetées autant par les garçons que par les filles. Car bien que les garçons puissent être attirés par l’idée d’une aventure sexuelle, ce n’est surtout pas à partir de ce critère qu’ils choisiront une amoureuse à long terme2.
Tu as le droit au plaisir! Tu as le droit d’exprimer tes besoins et tes malaises. Tu as le droit de vivre une sexualité qui te convient, dans laquelle tu te sens respectée. Aime-toi et exprime-toi!
1Statistique Canada, Relations sexuelles, condoms et MTS chez les jeunes, no 82-003, Rapports sur la santé, vol. 16, no 3, mai 2005, p. 47-53
Association canadienne pour la santé des adolescents, « Connaissances, attitudes et comportements en sexualité d’adolescents et de mères d’adolescents au Canada », Pro Ado, vol. 15, no 1-2, juin 2006
2Idée tirée de : Gagnon, Geneviève. « Quand la séduction chez les adolescents = pouvoir, agir sexuel et provocation », Ça sexprime, produit par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et l’UQÀM, Hiver 2006, p. 5
Copyright 2009 | | Tous droits réservés